Il a fallu en 2007 cinq suicides d'ouvriers chez Renault pour que le constat de la dureté extrême du monde du travail s'impose. Travailler peut tuer. Il ne s'agit plus de parler de licenciements difficiles ou de chômage, mais de conditions de travail devenues insupportables. Et pas à ceux qui essaieraient de jouer avec le système, mais à ceux qui sont au contraire en plein dedans : les cadres, même les plus performants, ne sont pas épargnés. Les médecins du travail voient leurs salles d'attente de plus en plus pleines. Les tentatives de suicide se multiplient. Les consommations d'anxiolytiques augmentent.
La France est, après l'Ukraine et les États-Unis, le pays où les dépressions liées au travail sont les plus nombreuses. Qui est coupable ? Une certaine conception du rendement qui broie les hommes, une volonté de profit qui élimine tout contact humain, toute idée d'épanouissement du travailleur pour en faire un pion dans un système qu'il ne maîtrise pas. Travailler plus, d'accord. Mais pourquoi ? Pour souffrir plus ?
De toute éternité, les hommes de pouvoir ont contrôlé l'information. Longtemps, ils ont censuré les vérités qui mettaient en péril leur domination. Autrefois, on bâillonnait le messager. Une méthode désormais contre-productive. Dans un univers médiatique à prolifération incontrôlée, la censure brutale attire l'attention et multiplie l'impact de l'information qu'on veut cacher. Aujourd'hui, le vacarme est devenu le meilleur allié des nouveaux censeurs. Des professionnels aguerris ont pour mission de faire en sorte que le citoyen n'entende pas ce qu'il est en train d'écouter... On ne censure plus, on «gère la perception» du public. Une véritable industrie est née, avec ses stratèges : les spin doctors comme on les appelle dans les pays anglo-saxons. Leur raison sociale : nous vendre la vérité du plus fort.
Les techniques de manipulation de l'information quotidiennement employées sous vos yeux sont multiples et extraordinairement intelligentes. Elles s'attaquent à toute la chaîne de l'information. D'abord cacher la vérité. Si la vérité apparaît, contrôler les sources et faire pression sur les médiateurs capables de la relayer, les menacer, les terroriser, les séduire, les acheter. Si la vérité est diffusée par les médias, contrôler l'impact sur l'opinion et tout mettre en oeuvre pour qu'elle ne soit pas entendue, et surtout qu'elle ne crée pas une émotion populaire.
À travers des exemples concrets, vécus, qu'il raconte avec la verve d'un conteur talentueux, Paul Moreira dresse un portrait saisissant de cet univers de la désinformation. Que ce soit les militaires (américains en Irak ou français en Côte-d'lvoire), les financiers et les industriels (l'industrie pharmaceutique est une mine d'or dans ce domaine), les politiques (les staffs de George Bush et Nicolas Sarkozy sont de redoutables experts), tous emploient les mêmes méthodes fondées sur une conviction simple : le citoyen, comme le consommateur, est manipulable pour peu qu'on sache appuyer sur les bons boutons.